La vulgarisation est parfois présentée comme une trahison de la science qui simplifie à outrance et trompe le public en masquant la complexité des phénomènes. Cet écueil peut être évité en travaillant à une transposition qui aiguise la curiosité, ouvrant des portes vers le vaste monde de la science!
Nous partageons ici avec vous l’extrait d’un ouvrage de Jean-Pierre Astolfi publié en 2008 sur la distinction entre un savoir abrégé et un savoir élémentaire. Il s’agit de didactique, mais il y a de quoi inspirer aussi les médiateurs!
Abréger ou élémenter?
D’Alembert présente son Encyclopédie comme une élémentation des savoirs et le mot élément fait d’ailleurs l’objet d’un article important de son œuvre. Il cherche à ce que l’élément abstrait devienne plus concret que les définitions qui abrègent. C’est pour lui un préjugé de penser que le plus abstrait soit le plus difficile, puisque les notions les plus abstraites portent avec elles une plus grande lumière. À condition bien sûr de savoir les élémenter.
Quelle est la différence foncière entre abréger le savoir et l’élémenter? Resserrer un long ouvrage, c’est l’abréger, alors qu’en présenter les premiers germes, et à travers eux la matrice, c’est l’élémenter… L’élémentation se présente alors comme l’opposé de l’abréviation.
Abréger le savoir réduit la culture commune à un minimum basique. On sélectionne les informations par soustraction, en éliminant celles qui paraissent trop complexes. L’abrégé fonctionne ainsi comme un «coupe-faim», qui dispense d’investissements intellectuels lourds, tout en permettant de faire face aux exigences scolaires ainsi qu’aux besoins utilitaires de la vie quotidienne.
Élémenter le savoir fait envisager la culture commune comme un tremplin. Elle n’est plus définie par soustraction, mais plutôt par distillation. L’élément est alors plutôt une «mise en bouche» et non plus un «coupe-faim». Au mouvement précédent de fermeture (qui esquive l’entrée dans la complexité des savoirs) fait place un mouvement d’ouverture (qui recherche les moyens didactiques d’y introduire, même de façon modeste).
L’élémentaire : une mise en bouche L’abrégé : un coupe-faim Fondement
Essence
Invite
Facette nouvelle
PrincipeRudiments
Digest
Substitut
Pièce de puzzle
Kit de survieAmène à désigner Amène à nommer (étiqueter) Astolfi, J.-P. (2017). La saveur des savoirs: disciplines et plaisir d’apprendre. ESF Sciences Humaines.